ÉDITO >>

Depuis les années soixante, les guitaristes courent les rues. Les guitaristes classiques de façon plus discrète, quoiqu’en nombre conséquent… Quant à ceux qui — partant d’une formation classique — se sont ouverts avec bonheur aux versions folk et électrique de l’instrument comme à l’abondante diversité de musiques qu’elles permettent de pratiquer, on les compte sur les doigts d’une main. Autant dire que Philippe Mouratoglou est un oiseau rare au pays des six-cordes, d’autant qu’il improvise aussi, et ajoute parfois à son instrument sa voix ou celle d’une soprano : Ariane Wohlhuter.
Formé par Pablo Marquez, Wim Hoogewerf et Roland Dyens, Philippe Mouratoglou a vite éprouvé le besoin d’étendre sa palette expressive et son répertoire : de la Renaissance à la musique contemporaine en passant par la musique traditionnelle, du blues de Robert Johnson — revisité de façon personnelle et inspirée en compagnie des clarinettes de Jean-Marc Foltz et de la contrebasse de Bruno Chevillon — à un dialogue avec la guitare flamenca de Pedro Soler autour d’Isaac Albeniz.

Rien d’étonnant, donc, à ce que son trio « So full of shapes… » joue aussi bien John Dowland que Benjamin Britten, ni à ce que son disque « O Gloriosa Domina » paru en 2005 couvre cinq siècles de musique.
Rien d’étonnant, enfin, à ce que Philippe Mouratoglou ait invité Jean-Marc Foltz et le producteur Philippe Ghielmetti à créer Vision Fugitive, un nouveau label qui apporte une bouffée d’air frais dans un monde musical souvent bien cloisonné.

Thierry Quénum